• le 25 février 2025

PARDONNER LES OFFENSES

Alain NADAL

Mt 18,21-35

La question posée par Pierre, la réponse de Jésus et la parabole qui illustre cette réponse, nous permettent d’aborder un sujet particulièrement important qui concerne tous les hommes, chrétiens ou non : Le pardon des offenses.

Pourquoi ce sujet est-il si important ? 

   Lorsque les hommes ne se pardonnent pas entre eux, cela a des conséquences catastrophiques sur le plan personnel, relationnel et spirituel. Sur le plan personnel, c’est un mal-être chronique qui s’installe. Sur le plan relationnel, c’est la division qui s’installe : entre voisins, ou amis, ou familles, couples, églises, etc.… Sur le plan spirituel, la relation avec Dieu est toujours affectée, souvent sans que l’intéressé en ait conscience.

  Malgré les enseignements de Jésus, le non-pardon est très répandu chez les chrétiens. C’est sans doute la cause de division la plus répandue dans l’Église, car c’est une des armes favorites des puissances des ténèbres.

   Il convient de prendre conscience d’une chose : Ne pas pardonner, c’est est un péché. Pourquoi ? Parce que pardonner est un commandement. : « Et lorsque vous êtes debout en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos fautes » (Mc 11,25). Jésus ajoute une chose importante dans Luc 6,15 : « Si vous ne pardonnez pas aux gens, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes ».

  La prière que Jésus a enseignée à ses disciples (et donc à nous) ne dit pas autre chose : « Pardonne-nous nos offenses comme (= de la même façon que) nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Que veut dire cette demande ? Lorsque nous avons pris conscience que Jésus nous a totalement pardonnés par son sacrifice sur la croix — c’est gratuit, et c’est Lui qui fait le premier pas — Dieu calque son attitude sur la nôtre : Si nous pardonnons aux autres, il nous pardonne. Si nous ne pardonnons pas aux autres, il ne nous pardonne pas.

  Je vous laisse imaginer ce que serait notre vie si nous devions supporter, toute notre vie, le poids de notre culpabilité. 

  Je le répète : Ne pas pardonner est un péché, parce que c’est une désobéissance envers Dieu. 

   C’est d’abord cela qu’il faut admettre pour comprendre pourquoi Dieu nous demande de pardonner. Si j’insiste tant, c’est qu’il y a des chrétiens qui ne toléreraient dans leur vie, ni l’adultère, ni le vol, ni le mensonge, mais qui tolèrent le non-pardon en eux.

  Le second point dont il faut avoir conscience, est le suivant : On a tous tendance à mettre l’accent sur le péché de l’offenseur, et rien que sur lui. C’est vrai, l’offenseur commet un péché envers nous. Mais lorsque l’offense qui nous est faite fait naître en nous la rancune, la haine, le ressentiment, un désir de vengeance, cela devient à son tour un péché si nous refusons de pardonner.

   Dans notre logique toute humaine, nous voudrions que ce soit celui qui nous offense qui nous demande pardon d’abord. Alors, on pourrait pardonner à notre tour. Et on se dit que c’est injuste que Dieu exige de pardonner quelqu’un qui ne demande pas pardon, qui ne veut pas admettre le mal qu’il a commis ; ou qui l’a commis volontairement pour nous faire du mal.

  Pourquoi Dieu ne tient-il pas compte de notre logique ? Pour une raison bien simple : Certaines personnes ne demanderont jamais pardon pour les offenses qu’elles ont commises envers nous, soit qu’elles refusent de pardonner, soit qu’elles ne sont plus de ce monde. 

   Dans ce cas, cela voudrait dire que nous devrions rester toute notre vie avec ce poison dans notre corps et dans notre âme.   

  En effet, le non-pardon est un poison qui tue à petit feu, un cancer qui développe ses métastases mortels dans tout l’être, et qui peut conduire jusqu’au crime.

  Celui qui garde du ressentiment ou de la haine dans son cœur, ne peux pas trouver la paix. Cela se traduit souvent par un mal-être physique ou moral, un caractère difficile, un blocage relationnel, affectif et spirituel. Mais de plus,  refuser de pardonner, c’est ouvrir la porte, à terme, à des esprits des ténèbres qui ne cherchent qu’une chose : détruire notre relation avec les autres et avec Dieu, et nous tenir en laisse en essayant de contrôler notre volonté.

   Il peut arriver que l’offenseur décède sans que nous l’ayons pardonné. Peut-on le faire après sa mort ? C’est indispensable si nous voulons retrouver la paix avec Dieu et obéir à son commandement. En effet, comprenons bien que ce n’est ni le temps, ni le décès de l’offenseur qui va nous permettre de retrouver la paix avec nous-même et avec Dieu : C’est le pardon, avec Dieu pour témoin ; et uniquement cela.

Est-il possible de tout pardonner ? 

  C’est une question qui revient souvent. Si on se la pose c’est qu’on pense que certaines offenses ne peuvent pas être pardonnées. Les victimes de pédophiles, certaines atrocités commises pendant des guerres, en Ukraine, par exemple, les enfant martyrisés par leurs parents, l’inceste, le harcèlement moral… Peut-on pardonner cela ? Certaines victimes ou parents de victimes disent : Jamais je ne pourrai pardonner ! Humainement, on peut les comprendre. Mais quel est le point de vue de Dieu ?

  La parabole du serviteur impitoyable que nous avons lue, nous répond clairement : Nous devons tout pardonner ! Pourquoi ? Parce que Dieu nous a tout pardonné  : v. 32-33.

Que nous a pardonné Dieu ? La dette de 10 000 Talents. C’est une somme astronomique ! L’impôt annuel de toute la Judée s’élevait à 600 Talents. 10 000 Talents, c’est notre dette envers Dieu ; nous n’aurions jamais pu la rembourser. En Jésus-Christ, Dieu nous a remis cette dette. C’est une mesure de GRÂCE. Ce n’est pas une mesure de Justice. La justice aurait voulu qu’on rembourse jusqu’au dernier euro. C’était IMPOSSIBLE ! Heureusement pour nous, Dieu a choisi la grâce : La grâce qui nous a remis la totalité de notre dette.

  Les hommes qui se savent au bénéfice de cette grâce de Dieu, peuvent-ils rester impitoyables, vis-à-vis de ceux qui nous ont offensés, quelle que soit l’offense ? Jésus nous répond : Un homme qui sait que Dieu lui a tout pardonné, mais qui refuse malgré tout de pardonner aux autres, ne peut prétendre au pardon de Dieu : v. 34-35. Car cette dette est dérisoire : 100 deniers ! C’est 600 000 fois moins que les 10 000 Talents.

   On peut comprendre que cette façon de minimiser la gravité des offenses faites entre les hommes est parfaitement incompréhensible, et même scandaleuse, pour ceux dont l’intelligence n’est pas éclairée par le Saint-Esprit. Et je n’aurais jamais osé l’affirmer si Jésus ne l’avait  fait dans cette parabole.

Que demande Dieu à celui qui qui est confronté au non-pardon ?

  Dieu sait que les hommes sont incapables de pardonner par eux-mêmes certaines offenses graves, car c’est au-delà de leurs forces. Dieu sait aussi que si les hommes ne pardonnent pas, ils sont condamnés à avoir du ressentiment ou à haïr leurs offenseurs jusqu’à la fin de leurs jours, à se détruire à petit feu et à être sous son jugement. C’est ce qu’il ne veut pas, car Dieu est un Dieu d’amour qui veut libérer ses enfants de la prison du non-pardon et de la haine. C’est pour cela qu’il veut que nous pardonnions et qu’il agit pour que nous puissions le faire.

   La première chose à comprendre, c’est que pardonner, cela se décide. C’est une question de volonté ; volonté de nous soumettre à ce que Dieu nous demande. En effet, si nous attendons d’être dans de bonnes dispositions pour pardonner, cela risque de ne jamais arriver. Parce que l’ennemi va toujours nous fournir des arguments pour nous maintenir dans le non-pardon. La seconde chose  à ne jamais oublier, c’est qu’un croyant né de nouveau ne lutte plus contre sa nature charnelle avec ses propres forces ; il lutte désormais avec les armes que l’Esprit-Saint lui donne. D’abord, le Saint-Esprit nous fait comprendre que nous résistons à Dieu lorsque nous ne voulons pas pardonner. Ensuite, il nous fait comprendre que le pardon est possible, même si jusqu’à présent nous l’avons toujours  considéré comme impossible. Enfin, il nous dit : Ce n’est pas toi qui va te guérir de ce poison qui te tue à petit feu, parce que tu ne peux pas. C’est MOI, ton Dieu, qui vais le faire. Je te demande simplement de le vouloir, de décider que tu vas pardonner, de faire le choix de pardonner. ET Moi, ton Dieu, je vais te donner la force de pardonner, parce que je  veux te libérer, te guérir du non-pardon ».

   Cela veut dire (et c’est très important de le comprendre) que les hommes peuvent tout pardonner, même les offenses les plus horribles. Pourquoi ? Parce que même si Dieu a besoin de notre consentement, c’est Lui qui agit en nous dans la guérison du non-pardon, dans le miracle du pardon. 

En pratique, comment faire ?

  C’est dans la prière, c’est-à-dire dans la présence de Dieu, que nous pourrons être guéris du non-pardon. Lorsque nous demandons sincèrement à Dieu de nous donner la force de pardonner, il n’est pas un simple spectateur de notre demande : il est un témoin actif qui va nous permettre de nous débarrasser de ce fardeau pesant qui a encombré notre vie jusqu’à présent. 

  Soyez précis lorsque vous priez pour être guéri du non-pardon : Nommez la personne qui vous a offensé ; nommez l’offense qui vous a été faite, particulièrement les points de l’offense qui vous ont le plus blessé , et dites au Seigneur : 

« Seigneur Jésus, je choisis de pardonner à untel (nommez la personne) pour le mal qu’il m’a fait (nommez l’offense), et je m’attends à toi pour que tu me donnes la force de pardonner. Seigneur, je pardonne maintenant, parce que toi, tu m’as tout pardonné, par pure grâce ».

  Si vous avez plusieurs personnes à pardonner, faites de même avec chacune d’entre elles.

  Ne vous lassez pas de refaire cette prière, aussi longtemps que vous ne sentez pas que votre cœur est libéré. Lorsqu’il le sera vraiment, vous vous en rendrez compte immédiatement, et vous comprendrez que c’est une guérison miraculeuse que le Seigneur a opérée en vous.

  Cette guérison prend parfois du temps, particulièrement lorsque l’offense est grave : Viol, inceste, victime de pédophilie, violences physiques ou morales, crime.… Ces situations gravissimes nécessitent souvent l’intervention d’un chrétien ou d’un groupe de chrétiens remplis de l’Esprit et de discernement. Car souvent, il faut aussi une guérison des souvenirs de ces actes odieux qui ont été subis. Mais ne doutons jamais que la guérison est au bout. Pourquoi ? Parce que Dieu le veut.

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